Dès sa création en 2019, le studio français d’innovation culinaire We Are Ona a noué un partenariat fructueux avec Art Basel, la plus grande manifestation internationale d’art contemporain. L’agence parisienne de Luca Pronzato a désormais ses habitudes dans le Bruderholz, un quartier de collines verdoyantes situé à une vingtaine de minutes du centre de Bâle, entre ville et campagne. À trois reprises, pour l’ouverture de l’événement au mois de juin, elle s’y installée pour quelques jours dans un ancien système de filtration des eaux du Rhin désormais dédié aux expositions et à l’événementiel : le Filter4. À chaque fois, de nouveaux chefs et leurs brigades ont été invités à composer un menu original soigneusement thématisé et mis en scène.

En 2019, Thibaut Marlin, alors chef du Carbón à Paris, spécialisé dans les grillades, et Clément Guernalec de La Buvette à Bruxelles et de Chez Septime, servaient quatre plats placés sous le signe de l’engagement écologique : cuisson au feu de bois sur foyer ouvert, légumes de saison cueillis localement et rôtisserie « du nez à la queue » pour éviter le gaspillage, le tout accompagné de vins naturels. Quatre ans plus tard, le chef danois Matthias Degn invitait ses convives au voyage avec un menu de cinq plats inspirés de divers usages du barbecue dans le monde.

C’est à la cheffe japonaise Sayaka Sawaguchi, Étoile verte au Guide Michelin, que le traiteur a donné carte blanche en 2024 pour un menu designé par Pierre Marie autour du thème du basilic, emblème de la ville de Bâle. L’animal mythologique sert de motif à un ensemble décoratif décliné des assiettes en porcelaine de Limoges aux serviettes de table ornées selon une méthode indienne traditionnelle, jusqu’à une tapisserie de Néolice, une manufacture française connue pour réinventer l’art du tissage grâce à des outils numériques.

Suivant pour la première fois la grande foire des arts contemporains dans son périple autour du monde, We Are Ona s’est allié avec le restaurant suédois Brutalisten de Carsten Höller pour scénographier lors de son passage à Paris, en octobre 2024, un pop up tout en noir et blanc, à l’exception des mets et de la boisson. D’autres surprises suivront à Miami Beach et Hong Kong.

Au fil des expériences, la cuisine et son design ont définitivement gagné leur place parmi les arts contemporains. La performance du collectif lors de la 9ᵉ édition du salon Paris Internationale, au mois d’octobre 2023, en offre un autre exemple. Pendant une semaine, le chef étoilé Dalad Kambhu a servi ses préparations au beau milieu d’une plonge géante, dans des assiettes « sales » peintes par l’artiste Harry Nuriev de Crosby Studios. Ses œuvres sont depuis commercialisées en édition limitée sur le site de We Are Ona : 60€ l’unité, 600€ la collection « Dirty Dishes ». La gastronomie immersive contribue ainsi à l’extension du marché de l’art tout en abolissant le clivage entre la trivialité de l’alimentation et le prestige de la création.