Solène est le double digital d’une influenceuse passionnée par les sorties immersives et les nouvelles technologies. Véritablement lancée au printemps 2021, à l’issue des confinements, elle partage sur Instagram les meilleures adresses immersives de la capitale. Son visage généré par une IA a suscité l’engouement sur les réseaux. Spécialisée dans les divertissements culturels et artistiques, elle nourrit également un intérêt tout particulier pour la restauration immersive.

Solène is the digital double of an influencer with a passion for immersive excursions and new technologies. Truly launched in the spring of 2021, at the end of confinement, she shares the best immersive addresses in the capital on Instagram. Its AI-generated face has caused a stir on the networks. Specialising in cultural and artistic entertainment, she is also particularly interested in immersive dining.

L'expérience du public — IP Gastronomy, p. 58
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Pouvez-vous retracer l’histoire de votre projet de compte Instagram dédié aux divertissements immersifs ?

Au départ, je postais sur mon compte personnel toutes mes sorties, et pendant le Covid, j’ai constaté que les gens n’étaient pas au courant des sorties à faire. J’ai alors pensé à partager les expositions ouvertes dans les galeries d’art, puisqu’à certaines périodes celles-ci restaient accessibles contrairement aux musées et autres lieux culturels. C’était notre bouée de sauvetage, le dernier endroit à Paris où on pouvait sortir et se cultiver. C’est à ce moment-là que j’ai décidé de rendre mon compte public, et je me suis progressivement orientée vers l’immersif par goût personnel pour les escape games et le théâtre immersif, notamment.

J’avais découvert le phénomène à New York et Shanghaï, où l’on trouvait beaucoup de propositions très abouties. J’avais envie que ça prenne à Paris où je vis, et c’est pour y contribuer que j’ai commencé à partager, de façon très naturelle, les expériences que je faisais dans ma ville. Et ça a buzzé. Il y avait une forte croissance, notamment pour tout ce qui touchait les restaurants immersifs.

Comme je ne voulais pas être simplement une influenceuse qui propose de bonnes adresses, j’ai imaginé de recourir à une IA pour me représenter auprès du public. Quoi de plus immersif et innovant qu’une IA, à une époque où cette technologie n’était pas encore très connue ! Au début, il y a bien sûr eu quelques réticences, mais la vidéo d’annonce de l’IA a été un franc succès et, un an après, mon double digital est parfaitement intégré. J’étais la première à le faire dans mon secteur. Je craignais un peu que cela me fasse perdre du public, mais en fin de compte pas du tout. L’innovation a bien montré que le public qui s’intéresse à l’immersif est par nature ludique et disposé à ce type d’initiative.

Et pourquoi avec-vous choisi spécifiquement Instagram ?

Parce que, pour moi, c’était le réseau le plus visuellement attractif. Les contenus y sont lissés, sophistiqués, contrairement à TikTok qui privilégie beaucoup plus l’authenticité. Je ne vois pas sur quel autre réseau j’aurais pu promouvoir les adresses immersives. Quand une vidéo est bien filmée, bien montée, elle fait beaucoup moins de vues sur TikTok que sur Instagram. Les choses changent néanmoins et l’authentique revient aussi sur Instagram désormais.

Il y aussi une dimension générationnelle : les plus jeunes sont sur TikTok. J’ai hésité au début. Mais l’immersif exigeait des vidéos soignées et celles-ci n’avaient de chance de réussir que sur Instagram. Comme j’y consacrais beaucoup d’énergie, je me suis tout de même lancée un an plus tard sur TikTok.

Vous abordez l’immersif sous toutes ses formes. Vous avez donc, sur le domaine, un point de vue panoramique. Comment caractériseriez-vous la restauration dans le vaste champ des divertissements immersifs ?

Pour moi, la restauration immersive est un voyage sensoriel. De toutes les expériences immersives, la gastronomie est la seule qui peut exciter tous les sens à la fois. Et le storytelling peut aussi y jouer un rôle important. Je n’hésiterais pas à affirmer que, pour le grand public, la food constitue la meilleure entrée dans le monde de l’immersif.

De toutes les propositions immersives, la restauration est aussi celle qui entretient le plus de proximité avec le monde réel. C’est en tout cas de l’immersif plus concret que celui des grands spectacles.

D’une manière générale, la restauration immersive favorise les relations humaines. Il y a peu de spectacles qui permettent de rencontrer leurs auteurs. Là, vous pouvez aisément échanger avec les gérants ou le personnel. Et le contexte excite la curiosité. Quand vous vous retrouvez au beau milieu d’une ruelle chinoise comme au TranTranZai, vous avez envie d’en savoir plus. La gastronomie immersive pousse à la rencontre avec les autres cultures.

Et cela favorise-t-il aussi les échanges entre les clients ?

Bien sûr, parce qu’on a tendance à tout commenter, le décor aussi bien que le menu. Dans un restaurant traditionnel, tout va de soi ; là, tout est intriguant. L’immersion invite au partage. Et puis on échange plus aisément avec des voisins pour faire des photos, des vidéos qu’on postera ensuite sur les réseaux Plus un restaurant est instagrammable, plus on a de chance d’y échanger avec des inconnus. J’ai constaté que même les sujets de conversation changent : dans le cadre intimiste d’une brasserie, on parle de sa vie à ses proches, dans un restaurant immersif, on parle plus volontiers de voyages. C’est en tout cas ce que j’ai ressenti.

Justement, vos vidéos font la part belle aux restaurants asiatiques immersifs. Pensez-vous que le dépaysement gustatif soit un des ressorts de la gastronomie immersive ?

Au risque de surprendre, je dirais que non. Cela tient uniquement à l’état du marché actuel. Nous n’avons pas encore de véritable brasserie immersive, mais je suis persuadée que ça va venir et que ça cartonnera. Je pense qu’il y a une raison culturelle à cela. Je reviens de Corée et, là-bas, l’immersivité est entrée dans les mœurs, en tout cas il y a un véritable effort d’originalité dans la décoration des restaurants. La moindre enseigne fait tout pour proposer une expérience à part.

Diriez-vous que le label immersif attire le public dans les restaurants ? Et quels sont les ressorts de cet attrait par rapport aux restaurants traditionnels ?

On ne vient pas chercher la même chose. Les restaurants immersifs sont de formidables fabriques de bons souvenirs. C’est, selon moi, ce qui pousse le public à les fréquenter. On y va parce qu’on sait qu’on se souviendra de l’expérience. Les jeunes générations sont beaucoup plus attirées par ce type d’offre que par la restauration traditionnelle, même lorsque celle-ci est de grande qualité. La possibilité de faire de belles photos ou des vidéos originales est un véritable atout. On sait que non seulement on va passer un bon moment, mais qu’en plus on aura de beaux souvenirs.

La seule appréhension de ce public tient à la qualité de la cuisine. La tentation est grande de se dire que ces restaurants ont tellement investi dans le décor qu’ils ne proposent peut-être pas une cuisine de qualité. Et au début, ce n’était pas complètement faux. Mais les professionnels ont compris le risque si bien qu’on atteint désormais un excellent niveau culinaire. Le fait qu’une table soit instagrammable n’est plus du tout contradictoire avec le fait qu’on y mange bien, même à bon marché.

Quel est votre public ? Où se situent vos followers en termes de tranche d’âges, de niveau d’études, de catégorie socio-professionnelle ?

Dans l’ensemble, je touche essentiellement les 24-35 ans. Mais contre toute attente, c’est avec les plus jeunes que je communique le plus en message privé. Les plus anciens interviennent surtout dans les commentaires, souvent de façon très policée. Le public est très citadin et diplômé : la plupart a un Master, au minimum une Licence. Je touche très majoritairement des personnes qui s’intéressent aux arts puisque je fais beaucoup d’expositions, mais la food me ramène un public plus large. Là, c’est la classe moyenne, peut-être un peu au-dessus néanmoins, parce que je parle parfois d’expériences gastronomiques assez coûteuses. Les vidéos qui marchent le mieux sont celles avec des chefs cotés. D’ailleurs, contrairement aux idées reçues, les jeunes aiment aussi s’offrir ce type de cuisine pour les grandes occasions.

Qu’est-ce qui revient dans les discussions que vous avez avec vos followers sur la gastronomie ?

Beaucoup de bienveillance : les gens sont très satisfaits que je leur propose des adresses de qualité. Ça revient très souvent et j’en suis ravie. Ils apprécient particulièrement les trouvailles.

Et quels sont vos critères de sélection ? Qu’est-ce qui fait que vous parlez d’une adresse et pas d’une autre ?

L’expérience doit être complète. Un beau décor instagrammable ne suffit pas. Il faut du son, des odeurs, de l’émotion, il faut que le costume des serveurs et des serveuses soit dans le thème et, bien sûr, que les plats soient savoureux !

Cela amène une dernière question : s’ils ne passent pas par vous, comment les clients peuvent-ils trouver ces adresses ?

Grâce à d’autres influenceurs bien sûr, mais aussi par le bouche-à-oreille. C’est triste à dire, mais la presse spécialisée ne touche quasiment plus les jeunes. La télévision encore moins. Le public a besoin de liens de confiance et de proximité, et c’est ce qu’apporte l’influenceur avec lequel chacun peut dialoguer.