Depuis sa sortie le 23 octobre 2026, Sanxingdui: Future Past de Yue Ming, premier long-métrage chinois entièrement généré par l’IA, défraye la chronique par son échec dans les salles. Six jours après son lancement, le film d’une centaine de minutes n’avait rapporté que 1,37 million de yuans (165 000 €) pour un budget supérieur à 10 millions. Le fiasco est sans appel, mais son histoire éclaire les changements qui se préparent dans l’industrie cinématographique. La production de Bona Film Group, qui se projette dans un proche futur ravagé par une IA, raconte comment celle-ci est en passe de faire évoluer la création cinématographique.

En 2022, Bona Film Group envisage de produire un film de SF en live action. Mais rapidement le projet s’avère trop coûteux et difficile à développer. Il est interrompu jusqu’à ce que l’essor de l’IA change la donne. Le studio utilise la technologie émergente pour générer des bouts d’essai qui débouchent sur une mini-série réalisée par Lin Bolun, sur un scénario de Bo Yue : Sanxingdui: Future Revelation. Treize épisodes de 3 à 4 minutes sont diffusés en 2024 sur Douyin, l’équivalent chinois de TikTok. Le succès est éclatant avec près de 200 millions de consultations cumulées. C’est ce qui relance l’idée de produire un long-métrage.

Près de cent personnes issues du cinéma, du jeu vidéo, du prompt et de la programmation s’attellent à la tâche. Dix-sept spécialités sont représentées, de l’écriture à l’éclairage et au montage. Sans caméra ni acteurs, l’équipe doit inventer de toutes pièces une nouvelle organisation du travail créatif.

Les modèles ont beau être performants, ils ne savent pas tout faire et les artistes doivent s’adapter à leurs lacunes. Une étreinte entre deux personnages déforme les corps ? Il faut modifier le découpage, voire réécrire la scène. Les visages, les gestes et les émotions manquent de cohérence d’un plan à l’autre ? Il faut relancer la génération jusqu’à obtenir un résultat satisfaisant… ou renoncer purement et simplement. L’équipe doit bientôt se résoudre à faire quasiment l’impasse sur l’expression des sentiments complexes. En outre, le passage du smartphone au grand écran pose des problèmes spécifiques : des séquences qui pourraient sembler convaincantes en ligne révèlent parfois des scintillements et des défauts de mouvement rédhibitoires.

Surtout, pendant les deux années et demie de fabrication, les outils ne cessent de progresser. Chaque nouveau modèle rend frustrantes les images précédemment obtenues. Les producteurs évoquent cinq refontes majeures et plus d’une centaine de modifications. Deux jours avant la sortie, l’équipe corrige encore certains plans.

Le résultat ne saurait donc s’évaluer seulement à l’aune de la billetterie. Bona a développé une plateforme et des méthodes de production destinées à être réutilisées, y compris dans le cinéma traditionnel. Face aux défis à relever, les producteurs ont pris le parti de ne pas faire des recettes en salles leur priorité. Sanxingdui: Future Past est avant tout une expérience de recherche-création, un état des lieux de la génération vidéo. Avec toutes ses imperfections, le film de Yue Ming fait entrevoir l’avenir d’une industrie cinématographique en pleine mutation.