La production de micro-séries générées par l’intelligence artificielle est déjà un secteur très actif en Chine. Ces divertissements destinés au visionnage sur smartphone étaient déjà codifiés avant l’émergence des modèles de synthèse vidéo : format généralement vertical, épisodes de quelques minutes, cliffhangers, tout était en place. L’IA s’est contentée d’accélérer la cadence des sorties sur les réseaux sociaux, mais elle a du même coup marginalisé les productions traditionnelles. Selon l’Association chinoise des services audiovisuels en ligne, elle représentait à elle seule près de 75 % des 367 000 feuilletons disponibles au premier semestre 2026.

L’un des plus gros succès, La Fille qui s’est fait effacer de Feifeifei, a dépassé les 270 millions de vues sur Douyin, l’équivalent chinois de TikTok, avec 22 épisodes répartis en deux saisons diffusées entre le 12 juin et le 24 août 2026, pour un total d’environ 3 h 15 de programme. L’histoire suit la jeune Fang Taozi qui a quitté son village pour devenir mannequin et s’aperçoit un beau jour qu’elle a été supprimée sur une photo de groupe. Inspirée de la carrière de sa créatrice, qui n’en était pas à son coup d’essai, la micro-série est relayée par un compte au nom de l’héroïne. Sur Douyin, Fang Taozi mène une vie d’influenceuse virtuelle, suivie par près de 560 000 abonnés et monétisée via des contrats publicitaires. Sa présence en ligne dans des scènes ordinaires de la vie quotidienne prolonge l’impact de la micro-série. Le phénomène tend à démontrer qu’une partie du public au moins peut s’intéresser à la “vie” d’un avatar aussi bien qu’à celle d’une actrice en chair et en os. Elle a même fait la Une de Cosmopolitan dans son pays. Le réalisme très poussé de son compte est, par ailleurs, l’occasion de continuer à éprouver la technologie.

Ce sont aussi les 160 millions de vues des 13 micro-épisodes de Sanxingdui: Future Apocalypse en 2024 qui ont encouragé Bona Film Group à développer le long-métrage Sanxingdui: Future Past pour les salles. La réussite reste toutefois l’exception. D’après DataEye, à peine une micro-série sur deux cents atteint les cent millions de vues sur Douyin. Le genre, qu’il se décline en fictions photoréalistes ou en dessins animés, n’a donc rien d’un jackpot. Mais la réduction drastique des coûts de production encourage sa prolifération et son exportation est en marche.

En ce début novembre, DramaWave, ReelShort et FlickReels figurent parmi les applications gratuites de divertissement les mieux classées sur l’App Store français. Le groupe chinois Kunlun Tech, qui exploite DramaWave, a développé sa propre chaîne de production assistée par IA. ReelShort, lancé en Californie avec des capitaux chinois, propose déjà des feuilletons générés directement en français. C’est le cas d’Amours passées et nouveaux départs, un mélodrame familial en vingt et un épisodes, dont les sept premiers sont en accès libre. Le classement témoigne de la percée de ces applications en France et sonne comme un avertissement pour l’ensemble du secteur.